L’EAU – Les besoins – Les crises – Les enjeux

Avant de parler eau, par nos besoins et les crises contemporaines, il me paraît essentiel de replacer cet article dans les enjeux de notre siècle : le changement climatique.

Ce réchauffement nous vient des activités humaines, et lorsqu’on y pense, on lève la tête, on regarde le ciel et ses pollutions atmosphériques, les avions ; puis on pense réchauffement, température. L’eau est bien moins considérée, dans nos pensées et débats, lorsque l’on aborde ce sujet.

Emma Haziza, hydrologue

Et pourtant, elle est un pilier vital car toute vie dépend de l’eau.

  • L’eau, à l’échelle planétaire, permet la régulation climatique et la circulation des masses d’air ;
  • Elle relargue du CO2 par les activités océaniques ;
  • L’eau est un gaz à effet de serre ;
  • L’eau soutient toutes les activités humaines industrielles, agricoles et commerciales.

Les crises et les enjeux ainsi que les besoins grandissant des pays du Sud, déjà fort sensibilisés à la rareté de l’eau, ont entraîné une adaptation dont il serait sage de s’inspirer. Il s’agit de travailler à sa préservation, à sa réutilisation, à la gestion de son circuit dans les paysages et les stations de production. Il en est bien autrement en France, où l’on construit des méga bassines pour assurer les «besoins» des cultures, plus du tout adaptées aux
contexte topo-pédo-climatiques de bon nombre de territoires français, pour assurer la production de viande notamment. Ces méga bassines sont privatisées, et alimentées par les nappes souterraines, largement polluées et en épuisement.
30 cm de sol s’affaissent tous les ans dans le monde. Parce que les nappes ne peuvent plus se recharger (urbanisation, revêtement imperméable, sols agricoles compactés, etc…) Les poches d’eau souterraine vidées s’écroulent et entraînent l’effondrement des sols. 30 cm !

Face aux besoins de l'humanité, face aux crises et aux enjeux, l'humain décide de créer des méga bassines ou retenues de substitution et ainsi privatiser les usages.
Méga bassine à côté de Niort – Source Ouest France

L’objectif des méga bassines ou retenues de substitution est de stocker de l’eau prélevée dans les nappes en hiver pour pouvoir irriguer l’été sans puiser dans les rivières. Ce qui entraîne des effets désastreux : évaporation des eaux souterraines qui ne pourront plus soutenir les cours d’eau, traitement des eaux souterraines mises à la surface, déconnexion de la ressource eau des écosystèmes, privatisation des usages, etc…

Il y a moins de 50 ans, nous avions pour habitude et sagesse de nous installer là où l’eau était présente dans le paysage. Aujourd’hui, notre appétence pour les lieux remarquables engendrent des crises énormes pour atteindre les besoins en eau de toustes. Les enjeux sont de tailles pour relever les défis du XXIème siècle, avec un Striatum hyper sollicité !

Aujourd’hui nous colonisons les espaces, nous installons ce qu’il nous plaît de produire et contempler, puis nous recherchons l’eau par tous les moyens pour assurer nos désirs : forage de plusieurs dizaines de mètres, irrigation non maîtrisée sur des sols compacts et étanches. L’heure est plus que venue de repenser notre relation à l’eau, revisiter nos usages et nos besoins afin de pouvoir soutenir notre souveraineté humaine. L’alimentation est un pilier fondamental dans les enjeux sur l’eau. Derrière chaque aliment de nos assiettes il y a un volume d’eau qui a
permis la croissance de cette culture (végétale et animale), qui a permis son conditionnement pour être présentable sur les étales. Il faut 1 l pour produire 1 kcal, sachant qu’il est nécessaire de s’approvisionner de 3000 kcal / pers. / jour, en France en moyenne, nous mobilisons 3000 l / pers. / jour.

Nous avons tous des habitudes et préférences alimentaires, qu’il est difficile de relayer, d’abandonner. Pourtant, nous ne pouvons plus continuer ainsi. Les ressources s’amenuisent, se raréfient, se polluent. Les précipitations sont moins fréquentes, moins régulières. Si l’on souhaite conserver quels plaisirs alimentaires dans les décennies à venir, un effort aujourd’hui est de mise pour ralentir notre consommation et notre gourmandise.

Il y a des contextes de sols, de climats, de reliefs propices à certaines cultures et d’autres pas du tout. Nous avons pris l’habitude de coloniser les espaces, de faire acheminer ce que nous souhaitions là où nous le souhaitions. Ce qui n’est plus permis aujourd’hui. Connaître son contexte et définir ce qui est soutenable de produire en ce contexte est l’approche exigée par les crises et les enjeux contemporains. Le recours à l’irrigation systématique n’est plus abordable et envisageable. Les agriculteurs contraints de suivre les règles des marchés mondiaux du commerce, alors qu’ils sont au coeur du terrain, sensibilisés et conscients de la situation. Ils sont besoin de soutien de la part des bouches qu’ils nourrissent pour engager un changement de cultures qui saura trouver papilles et accueils auprès de ces bouches. Et chaque bouche a le pouvoir de le donner
à qui elle le souhaite. En choisissant de diminuer la consommation de viande, en choisissant de consommer local et de saison, de participer aux tâches des fermes productrices, en payant le prix juste pour soutenir financièrement les démarches de transition agricole. Car si il est facile de dépenser pour ces congés ou la téléphonie, il est parfois bien délicat de revoir le prix au kilo de certain de nos aliments. Alors que le prix est loin de refléter la réalité économique du monde agricole et paysan.
Le climat change, les précipitations sont bouleversées : épisodes orageux torrentiels tels des moussons, printemps et été chauds et secs… Sans
oublier sols lessivés et plus capable d’absorber et d’infiltrer les eaux de ruissellement. Les enjeux ont beau être conséquent, il n’en reste pas
moins que les solutions sont simples et à la portée de chacun.


QUE POUVONS NOUS FAIRE POUR LISSER CES PHÉNOMÈNES ?

  • Adapter nos cultures aux contextes des territoires : données climat, sol et relief déterminent ce qui peut vivre dans ces conditions. Nos territoires ne peuvent donc pas accueillir les mêmes productions partout. Chaque animal et végétal a des caractéristiques spécifiques, fruit de milliers d’années de sélection.
  • Aménager nos outils de production pour favoriser la collecte, le stockage et la circulation infiltrante de l’eau de pluie. Limiter l’érosion et les fuites d’eau du système.
  • Définir des itinéraires techniques permettant de faire infiltrer l’eau dans les sols. Favoriser un sol poreux, vivant, couvert et sans perturbation mécanique, où les végétaux pérennes s’associent avec les végétaux annuels, où les animaux ont de l’ombre et du fourrage frais pour diminuer
    leur besoin en eau (excessif lorsque les bêtes doivent se contenter de foin et d’aliment céréalier), cycle complet de croissance de tout végétal
    de l’agroécosystème.
  • Intégrer l’arbre dans nos outils de production. Appelé Agroforesterie, il s’agit de laisser la place aux arbres dans nos espaces. Leurs services rendus sont multiples et inestimables : régulation climatique et hydrique, hébergement de biodiversité, biomasse et séquestration de carbone, ombrage et production annexe, aliment pour les insectes et autres animaux.

Il est navrant de constater que les médias relaient que trop peu les enjeux de ce changement climatique et cautionnent autant de sujets indécents. Dans le changement climatique il y a préservation des vies et donc de l’eau ! Chaque geste compte.

Il est navrant de constater que les politiques sont incompétentes et absentes quant à la gestion de ces crises à venir. Continuant de se
comporter comme si les ressources étaient inépuisables et que l’accès à l’eau potable était assuré. Comptons donc sur nos actes et nos prises
de positionnement justes pour soutenir ce qui fait sens, ce qui nourrit véritablement.
Certes notre cerveau est dominant mais aussi dominé par les effets du Striatum. Le striatum est la partie intérieure du cerveau qui régule
notamment la motivation et les impulsions. C’est probablement la zone cérébrale la plus importante dans la prise de décision, et elle tient aussi
un rôle clé dans les phénomènes d’addiction. Il est tout à fait possible de maîtriser les pulsions, de rationnaliser nos actes et nos décisions en
fonction de ce qui est juste et fait sens à la vie.

Car si les millimètres d’eau de pluie se font irréguliers, il s’avère que chaque goutte d’eau tombée au sol peut être valorisée, préservée, respectée et partagée. Une pluie de 10 mm représente 10 litres pour 1 m2 soit 100 000 Litres d’eau par hectare. Une baignoire standard peut contenir 126L. Avec une pluie de 10 mm on pourrait remplir plus de 793 baignoires. Alors à vos pluviomètres pour constater de ces offrandes bientôt rares à notre portée.
Il ne tient qu’à nous d’accueillir ces précieuses gouttes d’eau non salées, de les préserver afin de pouvoir en bénéficier et les mettre au service de ce qui soutient notre vie, notre corps, nos fonctions vitales : boire et manger puis s’habiller. Qui ne sont plus des garanties dans les conditions que nous avons connu.

La 6ème limite planétaire a été atteinte et elle concerne l’eau verte. C’est à dire l’eau en circulation dans les sols et les végétaux. Cette circulation était assurée par la présence d’organismes vivants au sein des outils de production : des haies, des bosquets, des ripisylves, …. Aujourd’hui les sols sont si compactés que la vie s’essouffle. Les arbres sont si largement absents que les champignons ne peuvent plus assurer la circulation de l’eau dans nos sols aux bénéfices de nos cultures. Cette trame d’hyperfluidité en voix de disparition ne permet plus l’hydratation des paysages. Plantons des arbres !

Depuis 1970, la sonnette d’alarme est tirée. Il est déjà trop tard pour anticiper, alors n’attendons plus pour agir. Il est temps, c’est la dernière minute pour mobiliser ce que nous connaissons aujourd’hui au service de demain le grand inconnu. L’humanité n’a pas connu sous cette forme de civilisation, les conditions climatiques qui ont changé brutalement sous les effets de nos activités. Une grande majorité de civilisations se sont effondrées à cause de leurs abus agricoles.
Les solutions restent simples et à notre portée. Elles ont faits leur preuves depuis des milliers d’années. Nous sommes là pour vous accompagner dans vos questionnements et pour adapter vos itinéraires techniques. Le programme d’HydroNomie a été créé pour ça, et rayonne depuis des années en France et en Europe. Il reste tant à faire, qu’attendons nous ?


Pour aller plus loin, je vous propose ici un rapport synthétique de cette 6ème limite atteinte : https://bonpote.com/la-6e-limite-planetaire-est-franchie-le- cycle-de-leau-douce/

Pour développer des techniques aggradantes et préserver la ressource eau dans nos outils de productions, nous vous invitons à consulter nos ressources techniques : https://www.hydronomie.fr/ressources-techniques/