L’eau verte – La pluie que l’on ne voit pas

L’eau verte c’est la pluie que l’on ne voit pas, qui ne passe pas par le pluviomètre et qui repose sur la végétation. Ce phénomène est possible principalement grâce à la photosynthèse et aux végétaux à feuilles froides, associés à des arbres de différentes tailles.

Variation des pluies efficaces - Évapotranspiration & condensation au service des sols & des nappes. Les arbres absorbent une partie de l'humidité présente dans le sol mais en relargue également beaucoup lors des périodes de condensation. Ainsi l'eau prélevée est inférieure à celle relarguée par les mycorhizes.
Variation des pluies efficaces – Évapotranspiration & condensation au service des sols & des nappes

L’eau « verte », stockée dans le sol et la biomasse, qui est évaporée ou absorbée et évapotranspirée par les plantes et retourne directement à l’atmosphère ; c’est de loin la plus grande quantité, puisqu’elle totalise 64% de la masse des précipitations continentales.

L’eau verte est nécessaire pour alimenter et maintenir les processus au sein des écosystèmes, ainsi que les fonctions, biens et services dispensés par ces écosystèmes. L’adaptation au changement climatique doit anticiper la gestion de ce compromis : assurer la fourniture d’eau aux arbres, aux animaux et aux personnes.

En plus du maintien de la santé des écosystèmes, les écosystèmes forestiers contribuent aux fonctions de régulations et aux services écosystémiques qui y sont liés : régulation des processus écologiques, cycles biogéochimiques, processus biosphériques. Les forêts contribuent en outre à la régulation du bilan de carbone, à la régulation du climat (via l’évapotranspiration réelle), à la régulation et à la fourniture d’eau, à la conservation et la formation des sols, aux cycles des éléments minéraux.

Pour maintenir ces écosystèmes fonctionnel l’apport d’EAU BLEUE, composée principalement des précipitations, est indispensable. Il peut y avoir des remontées capillaires, notamment lors de la présence d’une nappe. Cet ensemble constitue le flux entrant. Des flux latéraux (ruissellement, drainages latéraux) peuvent aussi exister.

Et pour que l’EAU BLEUE circule il faut des écosystèmes forestiers en capacité de photosynthèse. Le cycle hydrique est dont dépend de l’activité photosynthétique des végétaux qui génère de l’évapotranspiration et donc participe à 64% à la constitution des précipitations continentales.

Mais lorsque les températures montent, que les indices UV grimpent, alors le métabolisme de la photosynthèse s’arrête lorsqu’il fait chaud. Heureusement, en soirée, le métabolisme reprend. L’air est pourtant encore chaud mais les rayons du soleil sont moins forts, et dans certains végétaux, dits « à feuilles froides » tel que le lierre, il fait plus frais 20 / 25°C.

Si la température de l’air est de 40°C avec 50% d’humidité dans l’air, si au niveau du lierre il fait 25°C alors, suivant le diagramme de Mollier, le point de condensation ou point de rosée est atteint.

Diagramme de Mollier. Sur ce diagramme l'exemple de point de condensation donné correspond à une température de l'air à 20°C pour une zone en contact plus fraîche à 12°C.
Diagramme de Mollier – Point de condensation, point de rosée

Sur ce diagramme de Mollier, l’exemple de point de condensation donné correspond à une température de l’air à 20°C pour une zone en contact plus fraîche à 12°C.

Par ce changement de température et densité d’air, tout l’air chaud va être absorbé et la circulation des masses d’air chaud et d’air frais sera créée.

Lors d’un épisode de canicule chaud et sec avec soirée chaude et humide, une zone forestière avec un bon point de condensation, représente 2 à 4 mm d’eau dans les 5 heures autour du coucher du soleil. Si un vent est présent à 10 km/h avec 1 m3 d’air qui arrive sous l’arbre cela représente 10 000 m3 d’air qui sera en circulation à cet endroit et potentiellement condensé ! Ainsi, avec 2 à 4 mm d’eau (soit 2 à 4 l / m2) sous les arbres avec un point de condensation efficace, il a été mesuré 30 mm d’eau sur les 10 jours de canicule en 2019.

Phénomène augmenté si l’on installe des couches et sous couche de végétaux à feuilles froides sous des arbres à feuillage chaud. Le lierre, par exemple, est une espèce à feuilles froides et en relation avec des endomycorhizes, cela implique que l’extraction de l’eau a niveau racinaire reste à proximité.

Sa sève élaborée se retrouve alors fortement diluée par l’effet de forte condensation. Les champignons vont donc réguler la tension osmotique au niveau racinaire, le champignon sort l’eau du système racinaire. L’humidité va pouvoir se stocker dans le sol SI du bois et des racines sont en décomposition dans le sol (effet éponge). Biomasse carbonée apportée par les feuilles mortes, la taille des arbres ou des trognes déposée sur le sol sans perturbation mécanique.

La trame d’hyperfluidité va donc pouvoir être maintenue et se déployer sur 2,5 fois la hauteur des arbres. Si la diversité d’essences et de myrohizes sont développées, alors cette humidité va être répartie sur l’ensemble de l’espace cultivé. Avec une précipitation de 100 mm / an avec de bons points de condensation, c’est 50 mm (de ces 100 mm) qui sont recondensées, et s’ajoute donc au 100 mm. De l’eau verte que l’on ne voit pas, qui s’ajoute à la pluie.

Suivant certaines conditions climatiques et étage de végétation, cela peut aller jusqu’à 200 mm d’une eau qui ne passera pas par le pluviomètre puisque la condensation se fait au niveau des feuilles qui les réabsorbent immédiatement par la pilosité de leur stomate.

Dans un système très optimisé alors il y a beaucoup d’eau, peut être trop et c’est peut être ça qui fait couler les sources !

Hervé Coves

Pour écouter Hervé Coves sur les cycles de l’eau et la magie opérée par les végétaux, rdv sur notre page « Ressources médiatiques » : https://www.hydronomie.fr/ressources-mediatiques/

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