MYCORHIZES & CHANGEMENT CLIMATIQUE

Les mycorhizes sont les discrets acteurs de la fertilité des paysages que nous côtoyons. Ils sont les principaux piliers pour faire face au changement climatique en assurant le maintien des trames d’hyperfluidité, indispensables pour la circulation de l’humidité lors d’importants épisodes de sécheresse et de canicules, comme nous le vivons en 2022.

Pourcentage de la biomasse des arbres associés aux champignons ectomycorhiziens, répartition dans le monde. Source : Cirad
Pourcentage de la biomasse des arbres associés aux champignons ectomycorhiziens. Source : Cirad

60% des végétaux sur Terre sont en association avec des champignons ectomycorhiziens. Ces champignons sont les dominants des territoires du Nord du globe terrestre, comme le représente le planisphère. Plus les marqueurs sont rouges, plus la présence de champignons ectomycorhiziens est forte.

Leur présence est assurée par un taux d’humidité important ainsi que par des conditions topo-pédo-climatiques spécifiques à ces zones du monde. Conditions fortement compromis par le changement climatique du XXIème siècle. Les champignons ectomycorhiziens sont en danger face au changement climatique.

Les champignons ectomycorhiziens enveloppent le manchon racinaire des végétaux hôtes et sont plus sensibles aux épisodes chauds et secs des périodes estivales de plus en plus marqués. Ils ont alors des difficultés pour assurer leurs rôles essentiels au développement et à la santé de leurs hôtes. Les six principales fonctions assurées par les champignons mycorhiziens sont :

  • l’absorption des éléments minéraux ;
  • l’absorption & la circulation de l’eau ;
  • les activités hormonales ;
  • l’agrégation des sols ;
  • la protection contre les organismes pathogènes ;
  • la résistance à différents stress environnementaux.

Lorsque les conditions pédologiques et climatiques ne sont plus présentes, l’activité des champignons mycorhiziens ralentit ou s’arrête, au péril des végétaux dépendants des fonctions des champignons mycorhiziens.

Rappelons que 98% des végétaux terrestres sont dépendants des champignons mycorhiziens. Le maintient de la symbiose est alors vitale pour toutes ces communautés végétales, dont les écosystèmes et les stations de productions agricoles dépendent.

L’enjeu du XXIème siècle est de s’adapter, et ce rapidement, au bouleversement climatique brutal que l’humanité est en train de vivre. L’année 2022 est remarquable en ce sens : toute la France est en restriction d’eau, 107 communes sont en pénurie d’eau potable pour les populations, et les stations de productions agricoles sont en difficulté, mettant en péril les entreprises agricoles ainsi que la souveraineté alimentaire de la France métropolitaine.

Les problèmes de nos civilisations ont beaux être de plus en plus complexes, les solutions restent scandaleusement simples.

Bill Mollison

En effet, pour ralentir les phénomènes de sécheresses accrues, une solution simple s’offre à nous : les arbres. Ces géants qui peuvent protéger du soleil nos cultures, les milieux urbains tout en assurant leurs précieux rôles écologiques :

  • Stimuler & diversifier la flore et la faune
  • Assurer une régulation thermique
  • Réguler le cycle de l’eau
  • Conserver et restaurer les sols
  • Séquestrer du carbone dans les sols
  • Assurer une production alimentaire (direct ou indirect)

À condition que les besoins des arbres soient présents sur les lieux d’implantation et que les champignons mycorhiziens associés puissent s’établir et se développer. Et comme nous l’avons plus haut, la majorité des arbres de nos contrées sont associés aux champignons ectomycorhiziens, plus sensibles à la chaleur, à la sécheresse.

Un des piliers pour soutenir les outils de productions agricoles de France métropolitaine est de favoriser le développement des champignons endomycorhiziens naturellement établis dans les contrées de l’hémisphère Sud. Ces champignons sont adaptés aux contextes chauds et secs qui caractérisent ces territoires.

La beauté de la vie est infinie ! La majorité des arbres fruitiers que nous connaissons, de la famille des Rosacées, est en symbiose avec les champignons endomycorhiziens ! La proposition est donc de favoriser l’implantation d’arbres issus de cette famille, afin que les mycellium endomycorhiziens puissent soutenir les paysages qui nous nourrissent.

D’autres essences, très communes aux haies de nos campagnes, sont associées aux champignons endomycorhiziens telles que la ronce, la vigne, l’ajonc d’Europe, le Buis commun, le Fusain d’Europe, l’If commun, le Marronnier d’Inde ou encore le Nerprun purgatif, l’Orme de montagne, les Prunelliers, le Sureau noir et le Troène commun.

Un arbre ou un arbuste établi avec ses champignons endomycorhiziens peuvent maintenir l’humidité présente dans le sol sur une longueur allant jusqu’à 2,5 fois la hauteur de l’hôte ! Une trame d’hyperfluidité considérable ! Surtout si ces essences particulièrement intéressantes sont accompagnées d’essences à feuilles froides telle que le Lierre, l’arbousier, le Feijoa etc…. Ainsi le phénomène de rosée, ou de condensation, est amplifié pouvant atteindre des volumes d’eau équivalent à un court orage de l’ordre de 4 à 6 mm soit 4 à 6 L / m2 donc 40 000 à 60 000 L / ha. Tout en rafraîchissant la zone par l’ombre portée et ce phénomène de condensation entrainant des volumes d’air conséquents.

Ainsi, grâce au « simple fait » de planter des arbres, avec les essences adaptées au contexte pédo-climatique, associées aux mycorhizes capables de résister au fort stress hydrique du XXIème siècle, et ce suivant des stratégies topographiques aggradantes il est à notre portée de stocker d’importants volumes d’eau dans les sols des outils de productions agricoles, au sein des paysages, et ainsi de rétablir le cycle hydrique. L’eau verte est à sérieusement considéré pour assurer notre souveraineté alimentaire.

L’hydraulique douce se met alors au service des territoires, de l’agriculture et de la biodiversité

Guy Lehenaff

Pour aller plus loin, nous vous recommandons de consulter le blog AgrEaunome https://www.guylehenaffagreaunome.fr/2022/08/pour-une-utilite-naturelle-de-toutes-les-gouttes-de-pluie-l-hydraulique-douce-au-service-des-territoires-de-l-agriculture-et-de-la-biodiversite-partie-1.html

Pour approfondir vos connaissances et vous former aux outils de Gestion de l’eau, le programme HydroNomie propose des ressources et des sessions de formations pour tous les acteurs de terrain : https://www.hydronomie.fr/

Pour écouter les voix d’hydrologues, d’agronomes et autres passionnés et experts des sujets abordés, RDV ici : https://www.hydronomie.fr/ressources-mediatiques/