FOURRAGE LIGNEUX & SÉCHERESSE

Le fourrage ligneux consiste à faire descendre le fourrage issu des arbres au sein des troupeaux. La coupe la plus durable est la méthode de la trogne, dont les bénéfices systémiques sont nombreux pour l’arbre et l’écosystème qu’il soutient. En ces temps de sécheresse, les tronçonneuse sonnent le glas au coeur des paysages bocagers tant les ressources herbacées manquent cruellement aux bêtes en pâture.

Les trognes nourrissent les bêtes de fourrage ligneux vert riche en minéraux. Le feuillage encore vert est une ressource précieuse en ces temps de sécheresse pour les bêtes en pâture.
Les trognes nourrissent les bêtes de fourrage ligneux vert riche en minéraux. Crédit : Marlène Vissac

La trogne est le résultat d’une technique d’utilisation de l’arbre dont la taille permet de valoriser le tronc ou les branches maîtresses, afin de mettre les jeunes pousses à l’abri et pour provoquer le développement de rejets que l’on récolte périodiquement. La hauteur est maîtrisée à un niveau plus ou moins élevé, définit en fonction des usages du sous étage des premières branches.

Ces opérations régulières  provoquent un renflement au sommet du tronc, ce qui crée un « taillis surélevé ». La canopée est alors constamment rajeunie et pleine d’énergie sur un tronc de plus en plus ancien. Cela ralentit le vieillissement naturel de l’arbre.

La trogne permet de produire durablement des ressources tel que le fourrage, le bois énergie, le bois d’oeuvre, ou encore le bois fertile ; sans détruire son support qu’est l’arbre. Cette technique de taille permet de stimuler l’arbre pour avoir chaque année une ressource disponible, accessible, gratuite et durable. Les plus vieux arbres de France, multi-centenaires sont des arbres trognés.

L’arbre trogne ou têtard est moins sensible, plus trapu, craint moins les vents violents ainsi que les agressions de certains parasites. Il a moins de besoin d’eau et de sel minéraux.

La taille

La plupart des feuillus peuvent être taillés en trogne à l’exception de celle qui ont une croissance très lente ou qui supporte mal les tailles sévère comme le noyer, les fruits à noyaux, et la plupart des conifères. Parmi les plus courantes, nous retrouvons les chênes, saules, ormes, frênes, platanes, mûriers, charmes, érables champêtre, hêtres, peupliers noirs, tilleuls, châtaigniers, marroniers…

La taille d’un arbre têtard s’effectue plusieurs années après la formation, dès que le diamètre de l’arbre atteint un diamètre de 5 à 10 cm. L’étêtage est réalisé à la hauteur voulue pour des objectifs et usages différents. La coupe de la tige principale doit être nette pour que la reprise se fasse bien en couronne autour de la section. Il est également nécessaire d’élaguer complètement le sujet pour éviter qu’il ne se forme en « buisson ». Cette opération d’élaguage pourra se répéter les premières années si une repousse de gourmands se fait sur le tronc de l’arbre. Les autres étêtages pourrons se faire tout les 3 – 4 ans afin de permettre la formation de la tête de l’arbre.


Par la suite les étêtages seront espacés au fur et à mesure que l’arbre grossira et des usages des repousses : bois d’oeuvre, de chauffe, d’outillage.

La première taille de formation de l’arbre têtard est pratiquée en période de repos végétatif, entre mi novembre jusqu’à la mi mars, afin de conserver un maximum de réserves pour la reprise.

Fourrage

L’arbre têtard est une ressource de fourrage riche en minéraux pour les animaux en pâture. Les branches garnies de feuilles vertes sont de véritables festins pour les animaux lors des étés longs et secs.

Reste de branches issues des trognes de frênes, après la distribution à un troupeau de brebis Lacaune. Le fourrage ligneux est le repas des brebis du massif central en ces temps de sécheresse. Crédit : Marlène Vissac
Fourrage ligneux : reste de branches issues des trognes de frênes, après la distribution à un troupeau de brebis Lacaune. Crédit : Marlène Vissac

Autrefois pratiquée dans toutes les régions d’élevage, la récolte du feuillage et des jeunes rameaux des arbres permettait un apport de fourrage non négligeable, pendant les périodes de sécheresse estivale. L’orme, le frêne et le mûrier blanc, réputés pour la qualité nutritionnelle de leur fourrage, étaient les essences les plus recherchées. Dans un contexte de changement climatique et de sécheresses répétées, cette pratique plus ou moins abandonnée, retrouve sa noble utilité.

Valeurs nutritionnelles

Un projet de recherche ArbELE a étudié les valeurs nutritionnelles et énergétiques des fourrages ligneux. Sur 50 espèces ligneux, 438 échantillons ont été analysés, dont en voici une synthèse de ce qu’ils proposent :

  • Fibres NDF – ADF & ADL présentes de façon équilibrée
  • Ces échantillons présentent une bonne digestibilité enzymatique
  • La dégradation ruminale et intestinale est positive
  • Les valeurs azotées sont correctes pour assurer les besoins estivaux des ruminants
  • Une forte teneur en minéraux Ca, Ca, Mg, P, K, Na + Cu, Fe, Mn et Zn
  • Les tanins condensés présentent un intérêt verminatif naturel et aide à la transition alimentaire entre la saison sèche et la saison automnale.

Certaines espèces présentent plus d’avantages nutritifs car elles permettent des utilisations variées, en fonction des espèces et races de ruminants, ainsi qu’en fonction des modes d’alimentation conduits sur les exploitations d’élevage. En voici quelques unes :

  • mûrier blanc,
  • frêne commun
  • châtaigner,
  • ormes,
  • tilleul
  • aulnes
  • chêne vert
Tanins condensés & éléments minéraux par espèces fourragères. Source : INRAE
Tanins condensés & éléments minéraux par espèces fourragères. Source : INRAE

Suivant la période de l’année, la composition varie au sein des fourrages ligneux, plus l’automne avance plus il y a de matière sèche dans le fourrage. Ce qui rend instable la digestibilité des ruminants. L’étude démontre que la conduite en trogne augmente les intérêts nutritionnels en diminuant la matière sèche des feuilles, stabilise les tanins et la digestibilité des ruminants.

Multi services

La technique de la trogne reprend du service et particulièrement en cette année de sécheresses à répétition. Les pâtures ne poussent plus, l’herbe devient sèche sur pied et perd tout intérêt fourrager. Les branches vertes des arbres de nos campagnes sont une réponse immédiate et durable pour compenser les manques en prairie. Les anciens paysans de nos territoires nous ont laissé un patrimoine inestimable, plus que vital dans les bouleversements climatiques. Intégrés au sein des parcelles, les arbres trognés offrent bien plus de services que de nourrir : ombre lors de la chaume des ruminants, diminution des besoins en abreuvement par la proposition de l’ombre et par l’alimentation verte donc humide du fourrage, humidité au sol et maintien de l’activité biologique de la prairie, régulation thermique au sein du parcellaire et potentiellement plus étendu, augmentation du potentiel de condensation, soutien de la biodiversité vitale aux écosystèmes.

HydroNomie s’applique à intégrer des espèces à trogne au sein de toute ferme d’élevage, consciente de la difficulté accrue à assurer, à moindre frais, les besoins alimentaires des animaux en temps de sécheresses longues et répétées. Les trognes présentent des solutions concrètes, durables et résilientes aux agroécosystèmes qui s’inscrivent dans une transition agricole. Le fourrage ligneux a bien des intérêts pour le bien être animal, leur offrant minéraux et diversité alimentaire, également un appui pour la transition alimentaire en inter-saison.


Pour tout savoir sur les trognes, RDV sur ce site dédié à ces majestueux vestiges d’un temps paysan presque oublié : https://trognes.fr/definition/

INRAE, au sein de sa station de Lusignan, étudie les intérêts nutritifs des fourrages ligneux pour les bovins : https://www.inrae.fr/actualites/arbres-pieds-nourrir-vaches

Erwan Leroux, un éleveur à écouter en replay sur les évolutions agroforestière de son exploitation bovin lait : https://www.radioevasion.net/2021/02/18/erwan-leroux-integre-lagroforesterie-a-son-elevage-laitier/

La valeur nutritionnelle des fourrages ligneux, issu d’un projet de recherche INRAE :https://hal.inrae.fr/tel-02958089/document

Pour plus d’informations techniques, rdv sur la page dédiée d’HydroNomie : https://www.hydronomie.fr/ressources-techniques/