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  • Photo du rédacteurPhacelia Marlène Vissac

EAU & CLIMAT : Les enjeux s'amplifient et la conférence sur l'eau de l'ONU se prépare

Dernière mise à jour : 6 mars 2023

Si 2022 est déjà oublié dans les consciences et les quotidiens de la majorité, l'état des nappes souterraines et des cours d'eau ainsi que les volumes de précipitations hivernales sont bien là pour nous rappeler à quel point la situation est bien critique !

Situation hydrogéologique - Décembre 22 & Janvier 23

D'après le suivi des nappes effectué par les équipes du BRGM, plus des trois-quarts des nappes demeurent bien en dessous les normales mensuelles pour les mois de décembre 2022 & janvier 2023. En effet, les pluies infiltrées durant l’automne et ce début d'hiver sont très insuffisantes pour compenser les déficits accumulés durant l’année 2022, particulièrement chaude et sèche. Durant l’hiver, les tendances dépendront essentiellement de la pluviométrie, et nous venons de comptabiliser 27 jours consécutifs sans pluie significative en France métropolitaine ! La recharge de ces prochains mois conditionnera les niveaux de l’été 2023. Ce début de recharge déficitaire risque d’impacter les nappes inertielles du Bassin parisien et plus particulièrement celles du couloir Rhône-Saône, fragilisées par un étiage sévère, pour l’année 2023.


Par le passé, on a connu en 1978 une série de 28 jours mais c'était en octobre et novembre. Et une série de 31 jours entre mars et avril 2020. Par jour sans pluie, Météo-France entend un cumul des précipitations quotidiennes inférieur à 1 mm à l'échelle de la métropole. «Les sols se sont nettement asséchés depuis le milieu du mois de janvier. L'état actuel correspond à ce qu'on observe habituellement autour de la mi-avril. On a donc deux mois d'avance», indique Simon Mittelberger, climatologue à Météo-France. Pour cette période de l'année, les sols sont donc très secs mais ils sont quand même nettement plus humides qu'en été. Et le risque d'inondations par ruissellement reste donc bien plus faible. La situation est tout particulièrement préoccupante dans une partie de la région Occitanie, notamment dans les Pyrénées-Orientales. Ce département et la majorité du Var subissent déjà des restrictions d'usage de l'eau.


Sol & cycle hydrique

Les nappes ne se rechargent plus, certes par manque de pluie, mais aussi parce que les sols sont, soit de plus en plus urbanisés, soit devenu imperméables par certaines pratiques agricoles. La destruction du cycle hydrique est bien multi factoriel. Les échanges entre eau souterraine, telles que les nappes ou encore aquifères, et les cours d'eau permettent le maintien des 2 mondes : le monde souterrain et le monde de surface. Ces deux univers sont indissociables. Si les nappes se vident, alors les cours d'eau ne peuvent pas maintenir leur cours lors des épisodes de sécheresses estivaux voir hivernaux. Chaque geste réalisé en amont et aux abords des cours d'eau ont un impact sur l'ensemble du cycle hydrique. Chaque geste effectué sur le sol a un impact sur le maintien et la restauration du cycle hydrique.


Comment réconcilier agriculture et résilience hydrique ?

Peut être en commençant par valoriser chaque goutte d'eau au sein de l'agrosystème.

Peut être en concevant des agroécosystèmes capables de ralentir la circulation l'eau pluviale, limiter l'érosion et la perte de fertilité.


Il est vrai que nous nous sommes un peu éloignés des fondamentaux. En 50 ans nous n’avons pas ou peu eu une gestion vraiment éveillée de l'eau au sein de nos territoires. Le remembrement a entrainé la destruction massive de haies et de bocages, ainsi que bon nombre de zones humides, sans oublier la rectification des fossés et des cours d'eau voir leur plein artificialisation. On rajoute bien sûr l’urbanisation et l’imperméabilisation des sols (nous perdons l'équivalent de la surface d'un département tous les 10 ans en France métropolitaine), la mécanisation toujours plus agressive pour les sols agricoles et l’agrandissement démesuré du parcellaire. Sans oublier la stratégie agricole qui a été d'accélérer la circulation de l'eau, et ce jusqu'à aujourd'hui,


Il nous faut dès maintenant promouvoir un nécessaire réaménagement des territoires agricoles :

  • Restaurer, créer et développer des zones tampons telles que les zones humides, les haies, les maillages bocagers ;

  • Revisiter les itinéraires techniques en intégrant l'arbre dans les outils de production, en innovant sur les implantations agroforestières, par le motif Keyline© qui a largement fait ses preuves dans les conditions topo-pédo-climatiques adaptées ;

  • Développer les pratiques culturales qui permettent d'augmenter la porosité des sols, rendu possible notamment par les rotations de culture, les cycles long, des racines vivantes présentes à l'année dans les sols, la gestion holistique du pâturage, l'intégration de l'animal dans les espaces de production végétale

  • Augmenter le taux de matière organique et l'activité biologique pour pouvoir stocker l'eau dans les sols jusqu'à la recharge des nappes, car pas de vie sans eau et pas d'eau sans vie ;

Le renouveau agricole impose une transition agroécologique bénéfique aux bassins versants. En comparaison à d'autres pays, nous avons pris, par manque de réalisme et par assistanat, 10 à 30 ans de retard ! Il est pourtant reconnu et nécessaire que l'agriculture valorise sérieusement les services écosystémiques des différents éléments du paysage. La dynamique est claire, le cap est simple:

  • Créer et développer un petit chevelu hydrographique grâce aux trames vertes, bleues, établies à partir des caractéristiques phytosociologiques des paysages, pour des paysages revisités, régénérés, restaurés et respectés

  • Développer et aménager les paysages par des techniques d'hydraulique douce, apportant une valorisation optimale de l’eau verte par l'intégration de l'arbre au sein de l'outil de production

  • Préserver les forêts sénescentes et les zones sauvages en tête de bassin versant pour des territoires plus à la résilience hydrique augmentée.

La production agricole n'a plus le droit de générer des territoires érosifs, qui face à la multiplication des événements de pluies intenses retiennent très mal les eaux de pluies. Les solutions sont simples et à notre portée; Il est encore temps !

C’est vraiment dommage que la profession agricole, il y a 30 ans et trop timidement depuis, n’ait pas fait le choix d’endosser un rôle citoyen de limitation active des pollutions diffuses et donc de territoires d’excellence « producteurs d’eau potable» de bonne qualité. Guy Lehenaff

Le concept d'hydronomie met en avant des techniques douces et très accessibles qui permettent de ralentir l'eau, favorisant l'infiltration hivernale et la rétention printanière. Que se soit par le réaménagement ou l'aménagement, adapté à toute échelle des agroécosystèmes jusqu'aux territoires (Issu du Keyline© Design) ; ou encore par la réalisation d'ouvrages permettant de collecter, ralentir puis infiltrer l'eau pluviale. Techniques soutenues par le réensauvagement des agrosystèmes, assuré par la restauration, la création ou encore le développement de zones humides, de haies denses et diversifiées,

La ferme La Joncas est accompagnée par Hydronomie depuis 2019. Grâce à cette collaboration, nous avons pu intégrer l'arbre dans l'agrosystème. L'implantation agroforestière s'est faite sur motif Keyline, facilitant le travail du sol tout en limitant l'érosion, en restaurant l'hydratation du parcellaire et en infiltrant l'eau bleue dans le sol. Crédit photo @Marlene Vissac
Motif Keyline© implanté en Sud-Aveyron. La ferme La Joncas est accompagnée par Hydronomie depuis 2019. Grâce à cette collaboration, nous avons pu intégrer l'arbre dans l'agrosystème. L'implantation agroforestière s'est faite sur motif Keyline, facilitant le travail du sol tout en limitant l'érosion, en restaurant l'hydratation du parcellaire et en infiltrant l'eau bleue dans le sol. Crédit photo @Marlene Vissac

Un autre grand moyen d'action important d’adaptation au changement climatique est la diversification et l'évolution des productions. Cela doit passer par la sensibilisation des consommateurs, partie prenante de la filière agricole. Sans négliger que, chiffres à l'appui après de nombreuses années de recherches et d'enquêtes, les petites fermes diversifiées sont les plus résilientes, les plus productives (et ce localement) et les plus fiables financièrement.


Et si l'année 2022 a été exemplaire par son aridité et les températures enregistrées, il semblerait que l'arrivée du phénomène El Nino ne va pas arranger la situation. Avons nous encore les stocks alimentaires pour ne pas engager notre ingéniosité au service de nos paysages ?


Le retour d'El Nino va influencer le climat planétaire ces deux prochaines années

Le phénomène La Nina agit depuis maintenant 3 ans dans l’océan Pacifique, entraînant des variations climatiques importantes dans de nombreuses régions du globe. El Nina est responsable, entre autre, d'inondations en Nouvelle-Zélande et en Australie. Après une durée exceptionnellement longue, elle devrait laisser sa place progressivement au phénomène El Nino cet été. En effet, la Nina commence à faiblir et devrait laisser sa place dans des conditions "neutres" pendant le printemps, avant la montée en puissance d’El Nino à partir de l’été.Ce phénomène va inévitablement influencer le climat planétaire pour les deux prochaines années. Avec le fort risque d'une année 2023 encore plus chaude que 2022.


La Nina a engendré une baisse des températures des eaux de surface de l'océan Pacifique. Ce qui a permis aux températures de connaître un plateau après le pic de 2016, et ce pendant 3 années. La Nina a également modifié la répartition des précipitations en accentuant les sécheresses en Amérique du Nord et en provoquant des pluies diluviennes en Australie et en Nouvelle-Zélande. Des phénomènes atypiques se sont produits comme les récentes inondations exceptionnelles en Californie, qui se produisent généralement en période El Nino.


Le retour du phénomène El Nino est confirmé par l’ensemble des principaux organismes spécialisés : l’Organisation Météorologique Mondiale, l’université de Columbia et la NOAA (Administration météorologique américaine). Cette probabilité est notamment estimée entre 55 et 60% par l’université de Columbia à partir du mois d’août. Les phases El Nino provoquent un réchauffement des eaux de l’océan Pacifique et entrainent également une hausse des températures à l’échelle de la planète. L’année la plus chaude enregistrée jusqu’à présent est 2016, lors d’un phénomène El Nino remarquablement intense. Si l’intensité du phénomène à venir reste à préciser, on peut raisonnablement penser qu’il favorisera une année 2023 plus chaude que 2022. Compte tenu du temps de latence de l’atmosphère, la hausse devrait rester modérée cette année, pour s’accroître en 2024, comme le confirme le Met Office (organisme météorologique britannique). Les pics d’El Nino se produisent généralement entre novembre et février.

Les zones d'influences et impacts de El Nino. Crédit : La chaîne météo

Après les effets de la Nina particulièrement spectaculaires en Australie et en Nouvelle-Zélande ainsi qu’en Amérique (sécheresse en Californie suivie de pluies records en janvier), El Nino pourrait produire d’autres impacts, majoritairement localisés sur la zone intertropicale. El Nino entraîne aussi des sécheresses et des canicules. Autres conséquences : les cyclones sont plus nombreux dans l’océan Pacifique central alors que les ouragans sont généralement moins nombreux dans l’Atlantique.


En Europe, l’influence du phénomène El Nino est plus faiblement perceptible. Des études font notamment état de liens entre El Nino et les précipitations printanières plus abondantes dans certaines régions européennes. D'autres études indiquent qu’El Nino joue également un rôle sur les étés européens, et peut accroitre les phénomènes violents et les vagues de chaleur. Mais il semble que le réchauffement climatique contemporain modifie ces observations puisque l'Europe a enregistré son été le plus chaud l’année dernière, en plein phénomène El Nina.

Une conférence de l’ONU sur les enjeux de l’eau - Mars 2023

Parce que le monde est en train de connaître une crise climatique et alimentaire immense, la commission nationale EAU, composée de différentes organisations et syndicats (dont Marlène Vissac fait modestement partie) participe à la préparation de la prochaine Conférence des Nations unies sur l’eau.


Puisque les dirigeants Européens ne se mobilisent pas, et que le pouvoir d'achat semble être le sujet le plus important.

Puisque les dirigeants Français ne se sentent pas concerner par les nombreuses alertes et indicateurs et que le pouvoir d'achat semble être le sujet le plus important.

Nous nous rapprochons des Nations Unies en espérant une réponse concrète et effective à nos observations, demandes et alertes.


Cette prochaine conférence est la première depuis 1977. Elle se tiendra à New-York du 22 au 25 mars 2023. Cet événement constitue une opportunité majeure pour accélérer la mise en œuvre de solutions liées à l'eau douce et à l'assainissement, ainsi que de renforcer la gouvernance internationale de l'eau.


Les notions abordées lors de la réunion de préparation qui s'est déroulée le 6/02/23, se résument ainsi:

  • Le développement économique de demain est entièrement lié à l'eau. Comme par exemple le traitement et la distribution de l'eau douce. Aujourd'hui, 20% de l'eau potable d'une ville comme Barcelone est issue du dessalement de l'eau de mer, avec seulement 20% d'énergie verte pour l'obtenir.

  • Le développement agricole doit se revisiter. Guillaume Choisy, directeur de l'agence Adour Garonne signale que malgré une baisse de la culture du maïs de 25 à 45% sur le bassin Adour Garonne, les situations de pénurie d'eau en été perdurent. Les impacts du dérèglement climatique vont plus vite que ce que notre capacité à innover.

D'après le CIRAD, à l'échelle mondiale, en 2021, l'agriculture a consommé 70% de la consommation de l'eau, l'industrie 20% et les ménages 10%. La surface agricole irriguée est de 20% de la SAU et représente 40% de la production mondiale d'alimentation. Il y a là un véritable enjeu de sécurité alimentaire. Les solutions sont toujours aussi simples et à portée de main comme les pratiques agroécologiques et le développement de l'agroforesterie pour développer des sols vivants pouvant ainsi jouer leur rôle de vecteur infiltrant de l'eau gravitaire vers les nappes.

  • La gouvernance doit se réinventer et surtout s'adapter aux enjeux et tensions qui s'intensifient. Les besoins sont plus forts pour développer une solide gouvernance territoriale pour cadrer les usages de l'eau plutôt que d'établir des lois. La gouvernance est prise en otage par le court terme alors la question de l'eau est une question de long terme. Mais comment établir une démocratie sereine et solide lorsque la société est déchirée et sous tension ?

Notons que sur l'axe moyen orient, Maghreb, Sahara, on est sur une nappe phréatique fossile qui ne se reconstitue pas. De grosses tensions sont à craindre face au développement démographique de ces régions.

  • L'aménagement et le soutien de la biodiversité paysagère des territoires

René Lallemand de l'OFB a précisé que la restauration des écosystèmes (notamment les zones humides) est encore bien trop faible. Voir nul quant à la reconnaissance et la valorisation de ses services écosystémiques.


Malheureusement, l'ambassadrice pour l'environnement COP déplore de ne pas voir le sujet de l'eau monter en puissance au niveau des négociations dans les différentes COP. Pour le moment, aucun consensus n'existe sur l'agroécologie pour différentes raisons :

- Certains pays ne veulent pas remettre en cause leur modèle d'agriculture exportatrice

- D'autres pays ne savent pas ce que c'est

- Dernier argument, certains pays se cachent derrière le manque d'indicateurs suffisants sur l'efficience de l'agroécologie...


Lors des discussions au sein des COP, l'eau n'est pas traitée comme telle, mais diluée dans chaque sujet. Les objectifs de 30% de préservation des terres et des océans devraient avoir un résultat positif sur la ressource en terme quantitatif. Le sujet reste la question du financement. Les critiques portent principalement sur le système assuranciel qui est en grande tension sur le plan mondial et qui s'arrêtera quand ça ne rapportera plus rien. On est à peu près bons sur le curatif mais pas sur le préventif, car le curatif rapporte plus !

Les conclusions établissent un constat effrayant. L'eau est devenue une arme de guerre, un pion dans les conflits géopolitiques (Ukraine, Lybie, Syrie, Yémen, Irak, Israël, Jordanie, Gaza, Maroc, Algérie, Tibet, Népal, Inde, Chine, Une nouvelle menace repose sur les techniques de modification climatique à des fins militaires ou civils. Nécessité d'interdire les états de créer des ensemencements de nuages à des fins de conflits armés, augmentant les tensions transfrontalières (cas de la Chine et de l'Inde)

Pour limiter des contrôles malsains et des leviers de corruption, une commission EAU devrait être créée avec un mandat politique au niveau des Nations unies. En 2023, il n'existe aucune gouvernance internationale dédiée à la gestion et la préservation de l'eau, bien commun de l'humanité. Le changement climatique ayant un impact global, les paramètres sont nombreux. Le changement d'échelle en terme de gouvernance est indispensable.

N'oublions pas que la jeunesse c'est 1,2 milliards des habitants (15, 24 ans). Ce sont les usagers de demain. La conscience des jeunes à l'égard de l'eau est très avancée. Ils sont la racine de l'approche et de la considération transdisciplinaire dont demain a besoin. Les décisions prises aujourd'hui sont pour les générations de demain. Les jeunes doivent intégrer les discussions sur l'eau.

 

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